Divinisation des souverains hellénistiques

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Re: Divinisation des souverains hellénistiques

Message par Cadmos le Dim 7 Jan 2007 - 19:58

Je déplace ta bibliographie dans la section appropriée (n'oubliez pas qu'elle existe...).
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Re: Divinisation des souverains hellénistiques

Message par Upomavick le Ven 12 Jan 2007 - 0:05

Les souverains hellénistiques vont franchir un pas inédit dans le monde grec, se faire reconnaître le statut de divinité. Les différentes dynasties vont toutes y parvenir à des moments, par des moyens et à des degrés différents. En effet, les Lagides, les Séleucides, les Antigonides et les Attalides ne vont pas agir de la même façon, vont devoir tenir compte de certains aspects des peuples qu’ils gouvernent : si en Egypte cela ira quasiment de soi dans la lignée des pharaons, il n’en n’ira pas forcément de même en Grèce ou dans le royaume attalide. Si dans chacune de ces dynasties, les rois finiront par être divinisés, gardons-nous de prêter trop tôt aux Diadoques le vœu d’obtenir des honneurs divins, ni même à Alexandre à qui par son rescrit d’Olympie de 324, l’on fait dire qu’il a réclamé la divinité(1).
Pour l’étude de ce dossier, nous étudierons des sources littéraires, épigraphiques, archéologiques et numismatiques afin de découvrir les rapports entre les souverains hellénistiques et la divinité.
Une observation préalable : distinguons bien la sacralité de la divinité. Tout homme, mort ou vivant pouvait faire l’objet d’un culte, sans pour autant qu’il ai été divinisé. Le phénomène de culte rendu aux souverains grecs est hellénistique, ce qui a fait dire à certains, comme Droysen, que cela était uniquement du à l’influence de l’Orient sur le monde grec. Mais ce n’est pas aussi simple que ça. La divinisation hellénistique telle que nous la voyons aujourd’hui n’a-t-elle pas été déformée par Plutarque ou Arrien, qui bien qu’utilisant des sources d’époques hellénistiques, ont subi très vraisemblablement l’influence de « la divinité bien installée des derniers souverains ou par l’aura divinisantes des empereurs romains. »(2) Nous remarquons que les cités rendent hommage à un bienfaiteur, un sauveur ou un libérateur, qu’il s’agisse d’un roi ou d’un simple citoyen. Ces honneurs sont isothéoi, égaux à ceux rendus aux dieux.

a) les niveaux de divinisation
Il existe différents niveaux de divinisation.
Le premier est l’hommage appuyé, soit une sacralisation de la fonction royale. (A)
Le deuxième est la divinisation du roi défunt. (B)
Le troisième, la divinisation du roi de son vivant. (C)
Ces trois décisions peuvent être prises à deux niveaux de pouvoir : soit par une instance locale (1) soit par l’administration centrale (2).

Le niveau C2 ne sera jamais atteint par la dynastie attalide.
L’opinion traditionnelle (notamment Droysen) voyait là une preuve évidente de l’influence de l’Orient sur les Grecs. Ce n’est plus cette opinion qui semble prévaloir aujourd’hui.


-------------------------------------
(1) C’est encore le cas chez Pierre Cabanes dans son ouvrage sur le monde hellénistique, p. 50.
(2) PREAUX, Cl., Le monde hellénistique. La Grèce et l’Orient (323-146 av. J.C.), t.1, Paris, 1978, p.241.

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Re: Divinisation des souverains hellénistiques

Message par Upomavick le Jeu 18 Jan 2007 - 15:43

b) Le cas d’Alexandre le grand

Alexandre le grand, en 327, alors en pleine conquête de l’Empire de Darius, va demander à ses généraux un hommage appuyé, une proskunesis, une prosternation. Certains dont Callisthène, neveu d’Aristote, refuseront.

« Anaxarque prenant la parole, avance qu'Alexandre a plus de droits aux honneurs, divins qu'Héraclès et Dionysos, dont il a surpassé les exploits par le nombre et la grandeur des siens ; que ce héros est leur prince, et que les autres étaient étrangers, Dionysos est de Thèbes et Héraclès d'Argos ; que le seul titre de ce dernier était de compter parmi ses descendants, Alexandre à qui la postérité élèverait des autels après sa mort ; qu'il était convenable de lui décerner, dès son vivant, des honneurs qu'il pourrait sentir et reconnaître. Anaxarque ajouta plusieurs autres considérations à ce discours. Déjà les courtisans qui étaient dans le secret de cette proposition, commençaient à se prosterner pour adorer le prince : les Macédoniens gardent un silence de désapprobation ; et Callisthène le rompant le premier : « Oui, sans doute, Alexandre est digne des plus grands honneurs qu'un mortel puisse recevoir ; mais la sagesse a établi une différence entre ceux que l'on doit aux Dieux et ceux que l'on accorde aux hommes. On érige aux Dieux des temples, des autels ; aux hommes, des statues ; les sacrifices, les libations, les hymnes sont pour les Dieux, il reste aux hommes nos éloges. La Divinité est reculée dans le sanctuaire, on ne peut en approcher, on l'adore ; on aborde l'humanité, on la touche, on la salue. Au milieu de ces fêtes, de ces chants en l'honneur des Dieux, on assigne cependant, à chacun d'entre eux, un culte distinct, comment n'en séparerait-on pas les hommages rendus aux héros ? Il n'est point convenable de confondre tous ces rapports, soit en élevant les hommes jusqu'aux Dieux, soit en ravalant les Dieux jusqu'aux hommes. »(1)

Iovis filium non dici tantum se, sed etiam credi volebat, tanquam perinde animis imperare posset ac linguis, iussitque more Persarum Macedonas venerabundos ipsum salutare, prosternentes humi corpora.(2)
« Il ne voulut pas seulement qu’on l’appela mais bien qu’on le crut fils de Jupiter, comme s’il pouvait commander aussi bien aux âmes qu’aux langues et il exigea donc des Macédoniens de le saluer à la façon des Perses, en se prosternant à terre dans une humble adoration. »

Anaxarque exhorte les Macédoniens à se prosterner devant Alexandre. Callisthène répond qu’il faut différencier les hommages rendus aux hommes et ceux aux dieux et que lui se contentera d’embrasser son roi. Alexandre refusera ce baiser.
Les Grecs ont sans doute vu là une forme de divinisation. Or chez les Perses cela marque la modestie des sujets vis-à-vis de leur souverain, et non pas parce que celui-ci est un dieu(3). Mais en Grèce on ne se prosterne que devant la statue d’une divinité. Cette proskunesis ne peut être interprétée comme une volonté du roi de se faire diviniser. Cette prosternation mal interprétée ne peut servir de preuve à une volonté d’Alexandre d’être tenu pour un dieu, même en se plaçant en successeur de Darius.
En Egypte, selon le tardif Pseudo-Callisthène, Alexandre est couronné pharaon à Memphis. Dans les cartouches, il est appelé « Fils de Râ » mais nous ignorons tout de la réaction d’Alexandre.
Le second fait date de 324. Alexandre aurait fait connaître son vif désir de recevoir un culte, mais pas de divinisation semble-t-il. A Athènes, Hypéride et peut être Démosthène vont s’élever contre cela.

« Et d’autre part il (Timée) loue Démosthène et les autres orateurs de cette époque, qui selon lui, se montrèrent digne de la Grèce en s’opposant aux prétentions d’Alexandre, alors que celui-ci réclamait les honneurs divins. » (4)

C’est un tout autre son de cloche que nous entendons chez les orateurs Dinarque et Hypéride dans leurs discours contre Démosthène.

« Je ne veux rien dire de ces incessants revirements, de ses perpétuels discours insensés : on le voyait tantôt proposer un décret interdisant d’accueillir quelque divinité que ce fût en dehors des dieux traditionnels, tantôt déclarer que le peuple ne devait pas contester les honneurs divins à Alexandre. »(5)

"Il accordait à Alexandre d’être fils de Zeus et de Poséidon, s’il voulait"(6)

Il s’agit d’une pièce frappée sous Alexandre le Grand, avec sur l’avers le profil du roi tourné vers la droite et au revers un dieu assis, Zeus en l’occurrence. Le portrait est revêtu d’une peau de lion, ce qui n’est pas sans rappeler Héraclès et le lion de Némée. Néanmoins aucun témoignage littéraire ne nous en parle. Nonobstant cela, des auteurs comme Plutarque(7) rappellent que sa famille paternelle, les Argéades, descendent d’Héraclès.

« Il passe pour constant que du côté paternel Alexandre descendait d'Héraclès par Caranos, et que du côté de sa mère il remontait, par Néoptolème, jusqu'à Achille. »



Malgré tout Alexandre ne semble jamais avoir revendiqué directement son ascendance avec Héraclès et donc avec Zeus lui-même.
Mais pourquoi le choix de Zeus sur ces frappes ?
Tout d’abord parce qu’il est le père d’Héraclès, ensuite parce que, selon les récits de certains biographes, la foudre serait tombée sur Olympias. Cela sous-entend une ascendance divine pour Alexandre. Quand il se rendra au sanctuaire oraculaire d’Ammon, l’oracle lui dira deux choses : « Tu auras l’Empire du monde. Tu es le fils d’Ammon » (8.)

« La nuit qui précéda celle de leur entrée dans la chambre nuptiale, Olympias songea qu'à la suite d'un grand coup de tonnerre la foudre était tombée sur elle et avait allumé un grand feu, qui, après s'être divisé en plusieurs traits de flamme, se dissipa promptement. »(9)

Les auteurs qui mentionnent l’ascendance divine d’Alexandre tout comme ceux qui font de l’oracle d’Ammon un marchepied vers la divinisation sont tous des auteurs tardifs marqués par les derniers souverains hellénistiques mais aussi et surtout par les empereurs romains. Arrien qui utilise Aristobule et Ptolémée, auteurs contemporains d’Alexandre, ne rapporte rien de ce qu’a pu dire l’oracle.
S’il n’y avait qu’Alexandre on pourrait penser que le scénario de Droysen fonctionne bien. Mais trente ans plus tard, Athènes va franchir un nouveau pas. Cela se passe dans un contexte purement grec. La cité va prendre la décision de procéder à la divinisation d’un roi de son vivant.

----------------------------
1) Arrien, l’anabase, IV, 10
2) Quinte Curce, Livre VIII
3) Contrairement à ce que pense Isocrate (panégyrique, 151)
4) Polybe, Histoires, XII, 12b, 3.
5) Dinarque, Contre Démosthène, I, 94.
6) Hypéride, Contre Démosthène, 31.
7) Plutarque, Vie d’Alexandre, II, 1.
8.) A noter que Justin (XI, 9) offre une vision un peu différente de cette histoire d’ascendance divine
9) Plutarque, Vie d’Alexandre, II, 3.


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Re: Divinisation des souverains hellénistiques

Message par Upomavick le Ven 26 Jan 2007 - 10:55

c) Démétrios Poliorcète et Antigone Monophtalmos et la dynastie antigonide

En 307/6, Démétrios Poliorcète et son père « libèrent » les Athéniens du joug macédonien exercé par Démétrios de Phalère. Les Athéniens vont diviniser Antigone le borgne et son fils, supprimer l’archontat éponyme et le remplacer par un prêtre des sauveurs. Aucune révolte ne semble émailler cela.

« En effet, ils (les Athéniens) furent les premiers de tous les hommes à décerner le titre de roi… ils furent aussi les seuls à les seuls à les proclamer dieux sauveurs, et en abolissant le privilège traditionnel de l’archonte éponyme, ils décrétèrent que l’on élirait une prêtre des Sauveurs et qu’ils inscrivent son nom en tête des décrets et documents. Ils décidèrent aussi que leurs images seraient tissées parmi celles des dieux sur le peplos. Ils consacrèrent l’endroit où Démétrios, à son arrivée, était descendu de son char et y élevèrent un autel à Démétrios débarquant. Ils ajoutèrent deux tribus aux anciennes, la démétriade et l’antigonide.(1) »

Athénée de Naucratis, riche source en auteurs perdus par son banquet des sophistes, nous livre un passage du livre XXI de l’historien Démochares :

« Lorsque Démétrios revint de Leucade à Athènes, les Athéniens le reçurent non seulement avec de l’encens, des couronnes et des libations mais aussi des hymnes prosodiques et ithyphalliques, des danses avec des chants, et prenant place sur les roues de son char, ils dansaient en chantant qu’il était le seul vrai dieu, que les autres dormaient ou étaient absent, ou n’existaient pas, mais que lui étaient issu de Poséidon et d’Aphrodite. Ils chantaient en plus qu’il était à la fois éminent pour sa beauté et universel dans sa bienveillance. Alors ils le suppliaient et lui offraient des prières.(2) »

Cela permet de penser que l’influence orientale n’est pas la seule cause de ces divinisations. Certains défunts font l’objet d’une sacralisation, une héroïsation depuis l’époque mycénienne. On remarquera que Démétrios et son père ne sont pas des ktistai, des fondateurs d’Athènes, comme le furent Thésée ou l’Empereur Hadrien.
La statue retrouvée à Pompéi dans la Villa des Papyrus nous montre Démétrios divinisé car en observant bien, il a dans les cheveux de petites cornes, signe de sa divinité. En effet, il se disait descendant de Poséidon. Les bœufs sont des attributs du dieu de la mer.

Le témoignage de Douris de Samos (FGH, 76, 13) cité par Athénée de Naucratis à propos de la flatterie des Athéniens en l’honneur de Démétrios nous confirme cette divine ascendance.

« Comme les dieux les plus grands et les mieux aimés, ils se présentent maintenant à notre cité. Car voici que l’occasion propice nous a amené ensemble Déméter et Démétrios. Elle vient pour accomplir les mystères vénérables de Korè, lui, joyeux comme il convient au dieu, se manifeste et beau et souriant. Spectacle vénérable, tous ses amis sont en cercle et lui est au milieu, ses amis sont comme des astres et lui semblable au Soleil. O fils du tout puissant Poséidon et d’Aphrodite, salut. Car les autres dieux ou sont très éloignés ou n’ont pas d’oreilles ou n’existent pas ou ne font nullement attention à nous. Mais toi, nous te voyons présent, tu n’es ni en bois ni en pierre mais réel, nous te prions donc : tout d’abord accorde-nous la paix, ô très cher, car tu es le Seigneur.(3)"


Sur ses frappes monétaires, le roi Démétrios Poliorcète se fera représenté avec les cornes des bœufs de Poséidon. Sur le revers nous pouvons reconnaître, avec son trident, le dieu Poséidon dont le roi se disait le descendant.


Le dernier roi de Macédoine, Persée, fera aussi rattacher son nom à la divinité, mais pas à Poséidon comme son ancêtre. Philippe V de Macédoine va bouleverser les traditions des prénoms royaux en donnant celui du vainqueur de la gorgone Méduse à son fils naturel. Le nom Persée n’est ni à la mode à l’époque, ni un nom courant localement. La raison est plus familiale. En effet, la mère de Persée était originaire d’Argos tout comme le héros. Doit-on y voir une tentative de faire penser que la mère du roi soit une descendante du héros ?

Que penser de cette pièce ? Le portrait du roi sur l’avers est le portrait classique tiré des frappes d’Alexandre, à savoir le profil du souverain tourné vers la droite. Sur le revers un aigle debout tourné vers la droite. Cet aigle serait un rappel à Alexandre via l’animal de Zeus mais aussi à Persée comme fils de Zeus.


Malgré tout cela, nous ne trouvons, en Macédoine, aucune trace d’un culte d’Etat. La divinisation des souverains macédoniens n’a pas eu le développement de ceux d’Egypte ou d’Asie, peut être parce qu’implanté en Grèce. Rapidement toutes les marques de divinités royales et autres honneurs divins sont remplacés par les anciens ou disparaissent purement et simplement.


Statue de Demetrios Poliorcète retrouvée dans la villa des papyrus à Pompéi


----------------------------
1) Plutarque, vie de Démétrios,
2) FGH, Démochares, 75, F4 et Athénée de Naucratis, VI, 62, 23-34.
3) Douris de Samos (FGH, 76, 13) cité par Athénée de Naucratis


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Re: Divinisation des souverains hellénistiques

Message par Upomavick le Dim 18 Fév 2007 - 13:27

d) Les Séleucides : Antiochos III, fondateur du culte.
Apollon : c’est de lui que serait issue la dynastie séleucide. En tout cas l’image d’Apollon plane sur une bonne partie de l’iconographie et sur l’histoire de cette dynastie. Cela parait être le cas depuis Séleucos Ie qui se réclame clairement de lui et cela depuis au moins 281 .
L’évolution vers un culte royal chez les Séleucides est moins bien connue que chez les Egyptiens, vu le peu de documents à notre disposition. Il ne faut pas oublier que l’Empire séleucide était composé d’une mosaïque de peuples n’ayant jamais eu pour la plupart de royauté divine, tant et si bien que pendant longtemps, le culte restera confiné à celui organisé par quelques cités.
Comme chez les Lagides, c’est le deuxième souverain séleucide, Antiochos Ie, qui fera proclamé dieu son père décédé. La propre divinité d’Antiochos ne nous est connue que par des décrets de cités. Nous avons un cas de divinisation post-mortem par les autorités (B2).
C’est seulement à partir d’Antiochos III (223-187) que va s’organiser, sous l’égide de celui-ci, un culte officiel de sa personne, de ses ancêtres et de son épouse. Le roi a sans doute créé en 209 un grand prêtre de tous les temples auquel il ajouta les compétences des cultes royaux. « Pour réaliser cette création, il a dû « systématiser » ses ancêtres : il choisit d’exclure Alexandre le Grand et de commencer avec Séleucos Ier. Ensuite, il sélectionna une épithète divine pour chaque roi. En 193, Antiochos y ajouta une grande prêtresse de Laodice. »
Trois décrets d’Antiochos III retrouvés à Dodurga, Nehavend et Kermanchah montrent une décision du souverain séleucide pour la divinisation et l’organisation du culte pour son épouse Laodice.

Anaximbrotos (1) à Dionutas, salut.
La copie du décret rédigé par le roi au sujet de la désignation de la grande prêtresse de la reine dans la satrapie, Bérénice, fille de Ptolémée, lui-même fils de Lysimacos est enregistrée. Suivant ce qui a été envoyé veillez à l’accomplir et chez vous, prenez soin que ce qui a été écrit soit copié sur une stèle de pierre et placé dans le lieu le plus en vue.
Porte toi bien. Le 19 Artemisios 119.
Le roi Antiochos à Anaximbrotos, salut. Voulant que les marques d’honneurs de la sœur reine Laodicée soient augmentées et considérant que cela est le plus nécessaire pour nous, à cause du fait que, non seulement elle vit avec nous mais qu’elle m’aime et prend soin de moi et qu’elle se trouve pieusement disposée à l’égard du divin, nous faisons continuellement, avec affection, aussi les autres choses qui conviennent et qu’il est juste qu’elle soient attribuées à elle de notre part, nous jugeons en particulier que de la même façon que les grands prêtres sont désignés pour nous à travers le royaume, que soient établies pour elle aussi des grandes prêtresses qui porteront des couronnes dorées ayant des images d’elles et qui seront inscrites dans les contrats après les grands prêtres des ancêtres et de nous.
Puisque donc a été choisie par nous dans ta région Bérénice fille de Ptolémée, lui-même fils de Lysimacos qui était avec nous en famille, que toutes les choses soient réalisées en accord avec ce qui a été écrit au dessus et que les copies des lettres gravées sur stèle soient placées dans les endroits les plus en vue.
Afin que maintenant et pour le reste du temps soit manifeste notre préférence aussi dans ces matières à l’égard de ma sœur. (2)

Cela ne du pas durer plus tard que 192, année au cours de laquelle, Antiochos répudia son épouse.


Il s’agit d’une pièce frappée sous Antiochos II, avec sur l’avers le profil du roi Antiochos Ier tourné vers la droite et au revers un dieu assis sur l’Omphalos. D’après les différents éléments (omphalos, arc et flèche), Apollon est bien reconnaissable. Trogue Pompée nous en apprend plus sur la présence d’Apollon.

Priusquam bellum inter Ptolomeum sociosque eius aduersum Antigonum committeretur, repente ex Asia maiore digressus Seleucus nouus Antigono hostis accesserat. Huius quoque et uirtus clara et origo admirabilis fuit ; siquidem mater eius Laodice, cum nupta esset Antiocho, claro inter Philippi duces uiro, uisa sibi est per quietem ex concubitu Apollinis concepisse, grauidamque factam munus concubitus a deo anulum accepisse, in cuius gemma anchora sculpta esset, iussaque donum id filio, quem peperisset, dare. Admirabilem fecit hunc uisum et anulus, qui postera die eiusdem sculpturae in lecto inuentus est, et figura anchorae, quae in femore Seleuci nata cum ipso paruulo fuit. Quamobrem Laodice anulum Seleuco eunti cum Alexandro Magno ad Persicam militiam, edocto de origine sua, dedit. (3)
« Avant que n'éclatât la guerre de Ptolémée et de ses alliés contre Antigone, celui-ci avait trouvé un nouvel ennemi dans Séleucos, sorti de la haute Asie, prince illustre et par son courage et par sa merveilleuse origine. Sa mère Laodice, épouse d'Antiochos, un des plus fameux généraux de Philippe, crut voir en songe Apollon partager sa couche, et, pour prix de ses faveurs, lui donner, lorsqu'elle eut conçu, une bague dont la pierre portait l'image d'une ancre : elle devait la remettre au fils qui naîtrait d'elle. Ce qui prêta à cette vision les caractères d'un prodige, c'est qu'un anneau marqué de la même empreinte fut trouvé le lendemain dans le lit de Laodice, et que Séleucos, en venant au monde, avait une ancre tracée sur la cuisse. Lorsque Séleucos partit avec Alexandre pour l'expédition de Perse, sa mère lui remit l'anneau, en lui révélant le mystère de sa naissance »

Cette histoire aurait été diffusée officiellement par les Séleucides. Néanmoins, il n’est pas question de culte d’état avant le règne d’Antiochos III.


-------------------------
1) Stratège de la satrapie de Carie
2) OGIS I, 1224
3) Justin, Histoire universelle, XV, 4.

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Re: Divinisation des souverains hellénistiques

Message par Upomavick le Dim 11 Mar 2007 - 1:27

e) L’Egypte
L’Egypte était un terrain propice à la divinisation des souverains hellénistiques car ceux-ci vont avoir l’intelligence de se placer dans la lignée des pharaons. Comme successeurs des Pharaons, les Ptolémée sont, eux aussi, « fils de Râ » ; « image vivante d’Amon » (1). Le souverain est fils de dieu et en même temps son seul prêtre. Le culte est avant tout non pas un acte de vénération mais bien de survie pour l’univers entier. Il existe très peu de différence entre les anciens pharaons et les souverains ptolémaïques.
Deux synodes de prêtres égyptiens, tenus respectivement à Canope en 238 et à Memphis en 196, promulguèrent deux décrets (2) où furent exposées notamment les formes des nouveaux cultes dynastiques.
En 238, les prêtres de toute l’Egypte se rassemblent pour les anniversaires de la naissance et du sacre du roi et décident de fonder dans tous les temples pour Ptolémée III et son épouse Bérénice un culte des Dieux Evergètes (3), en plus du culte dont ils jouissent déjà comme pharaons. Les raisons de ce culte sont les dons faits aux temples égyptiens, le retour des statues sacrées enlevées par les Perses, la défense du territoire et l’aide apportée au peuple lors de famines. Les prêtres de ce nouveau culte seront payés par les dons du roi. Cela scelle une alliance entre le roi et son clergé. Cette politique ne sera d’ailleurs pas sans conséquence pour les finances de l’Egypte.
Le texte trilingue de Memphis est plus connu sous le nom de Pierre de Rosette. Il célèbre l’avènement du souverain Ptolémée V Epiphane et date du 27 mars 196 (4). Les bienfaits qui expliquent ce ψήφισμα, de forme typiquement attique, pris à Memphis sont d’importantes remises d’impôt, des dons aux temples, des libérations de prisonniers, le retour, avec conservations des biens, d’exilés et de ceux qui s’étaient opposés à lui (5),…

que le Roi PTOLEMEE, LE VIVANT A JAMAIS , LE BIEN-AIMÉ DE PTAH, LE DIEU EPIPHANES EUCHARISTOS, le fils du Roi Ptolemée et Reine Arsinoe, les Dieux Philopatores, tous deux bienfaiteurs du temple et de ceux qui y demeurent, aussi bien que de leurs sujets, en étant un dieu issu d'un dieu et la déesse aime Horus le fils d'Isis et Osiris qui ont vengé son père Osiris en étant disposé favorablement envers les dieux, a délivré aux revenus des temples de l'argent et du maïs et a entrepris beaucoup de dépenses pour la prospérité de l'Egypte, et le maintien des temples, et a été généreux envers tous sur ses propres ressources; et les a exemptés de quelques uns des revenus et impôts levés en Egypte et en a allégé d'autres afin que ses gens et tous les autres puissent être dans prospérité pendant son règne;

A l’occasion de la victoire du pharaon sur les impies à Lycopolis (6), le roi est comparé à Horus et à Thot.
ἐν ὀλίγωι χρόνωι τήν τε πόλιν κατὰ κράτος εἷλεν καὶ τοὺς ἐν αὐτῆι ἀσεβεῖς πάντας διέφθειρεν, καθάπερ [Ἑρμ]ῆς καὶ Ὧρος ὁ τῆς Ἴσιος καὶ Ὀσίριος υἱὸς ἐχειρώσαντο τοὺς ἐν τοῖς αὐτοῖς τόποις ἀποστάντας πρότερον.( )

Le culte qui est minutieusement décrit dans la suite du décret – les lignes 36 à 53 – est typiquement égyptien. Il n’y aura quasiment qu’en Egypte où les souverains hellénistiques seront insérés dans le panthéon indigène.




-------------------
1)PREAUX, Cl., Le monde hellénistique, p. 259-260.
2) OGIS 56 et OGIS 90.
3) Il sera aussi décidé d’un culte pour la princesse Bérénice, morte au cours de la session.
4) L.6 : μηνὸς Ξανδικοῦ τετράδι, Αἰγυπτίων δὲ Μεχεὶρ ὀκτωκαιδεκάτη.
5)Sécession d’Haronnophris et de Chaonnophris entre 207/6 et 187/6. Cette révolte égyptienne concernait la haute Egypte, allant de Lycopolis à Apollonopolis et avait pour centre la région de Thèbes et ses temples. Elle était proche de celle des Macchabées qui allait la suivre en Palestine, en ce sens qu’elle était religieuse, culturelle et puis politique. Ce n’est qu’après trois grandes offensives (199, 191 et 186) que les Ptolémée vont réussir à reprendre le contrôle de l’ensemble de l’Egypte. La pierre de Rosette et des inscriptions du temple d’Edfou sont parmi nos sources les plus importantes sur cette sécession.
6) OGIS 90, l.23
7) OGIS 90, ll.26-27.

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Re: Divinisation des souverains hellénistiques

Message par Upomavick le Dim 11 Mar 2007 - 1:38

f) Les Attalides : un roi-citoyen avant d’être un roi-dieu.

Le cas de la dynastie de Pergame est différent des autres. En effet, les souverains de Pergame ne se feront jamais, de leur propre chef, proclamer dieux de leur vivant. Cela se fera toujours officiellement post-mortem. Le souverain de Pergame est avant tout le premier citoyen de son royaume. « Ayant pour capitale Pergame, une vieille cité grecque authentique, les Attalides ont été dénommés les plus hellènes des souverains hellénistiques. » (1) Partout dans le monde grec, les souverains attalides ont fait montre de leur générosité. Nous songerons évidemment à Athènes et sa stoa d’Attale. Le souverain attalide est le premier des citoyens et agit en conséquence en participant au pouvoir, mais aussi par des actes d’évergétisme et par ses exploits guerriers. Ainsi on célébrera les Nikephoria en l’honneur de l’écrasante victoire d’Eumène sur les Galates.


γενέσθαι δὲ καὶ ἐπιγραφάς, ἐπὶ μὲν τοῦ ἀγάλματος "ὁ δῆμος βασιλέα Ἄτταλον φιλομήτορα καὶ εὐεργέτην θεοῦ βασιλέως Εὐμένου σωτῆρος ἀρετῆ[ς] ἕνεκεν καὶ ἀνδραγαθίας τῆς κατὰ πόλεμον, κρατήσαντα τῶν ὑπεναντίων", [ἐπὶ] δὲ τῆς εἰκόνος "ὁ δῆμος βασιλέα Ἄτταλον φιλομήτορα καὶ εὐεργέτην θεοῦ βασ[ιλε]ως Εὐμένου σωτῆρος ἀρετῆς ἕνεκεν καὶ φρονήσεως τῆς συναυξούσης τὰ πρά[γμα]τα καὶ μεγαλομερείας τῆς εἰς ἑαυτόν"· ὅταν δὲ παραγίνηται εἰς τὴν πόλιν ἡμῶν, [στε]φανηφορῆσαι πάντα ἕκαστον στεφανηφόρον τῶν δώδεκα θεῶν καὶ θεοῦ βασιλέως Εὐμένου, καὶ τοὺς ἱερεῖς καὶ τὰς ἱερε[ί]ας ἀνοίξαντας τοὺς ναοὺς τῶν θεῶν καὶ ἐπιθύοντας <τὸν> λιβανωτὸν εὔχε[σ]θαι "νῦν τε καὶ εἰς τὸν ἀεὶ χρόνον διδόναι βασιλεῖ Ἀττάλωι φιλομήτορι καὶ εὐεργέτηι ὑγίειαν σωτηρίαν νίκην κράτος καὶ [ἐπὶ γῆ]ς κα[ὶ κατὰ] θά[λατταν] κ[α]ὶ ἄρχοντι καὶ ἀμυνομένωι, καὶ τὴν βασιλείαν αὐτοῦ διαμ[έ]ν[ε]ιν [κατὰ] τὸν ἅπαντα αἰῶνα ἀβλαβῆ μετὰ πάσης ἀσφαλείας"· ἀπαντῆσαι δὲ [α]ὐτ[ῶι τ]ού[ς] τε προγεγραμμένους ἱερεῖς καὶ τας ἱερείας καὶ τοὺς στρατηγοὺς καὶ τοὺς ἄρχοντας καὶ τοὺς ἱερονίκας ἔχοντας τοὺς ἀπὸ [τῶ]ν ἀ[γώνω]ν [στεϕάν]ους καὶ [τ]ὸγ [γυ]μνασίαρχον μετὰ τῶν ἐφήβων κ[α]ὶ τ[ῶ]ν ν[έων καὶ τ]ὸν [παιδ]ο[ν]ό[μ]ον μετ[ὰ τῶ]μ παίδων καὶ τοὺς πολίτας καὶ τ[ὰ]ς [γυναῖκας καὶ παρθένους πάν]τας καὶ τοὺς ἐνοικοῦντας ἐν ἐσθ[ῆ]σιν λ[αμπραῖς καὶ ἐστεφανωμένους·

« Et qu’il y ai aussi des inscriptions sur l’agalma (image-statue) : « Le peuple en l’honneur d’Attale Philometor et Evergète, fils du roi dieu Eumène Soter en raison de sa vertu, lui l’ayant emporté sur ses adversaires » et sur l’eikon que soit gravé : « Le peuple en l’honneur d’Attale Philometor et Evergète (3), fils du roi dieu Eumène Soter, pour sa vertu et pour les soins qu’il a pour développer les affaires et en raison de la grandeur qu’il témoigne au peuple de Pergame. »
Lorsqu’il arrivera dans notre cité, que chaque stéphanophore des 12 dieux et du roi dieu Eumène porte une couronne ; que les prêtres et les prêtresses ayant ouvert les temples des dieux et offrant de l’encens, qu’ils formulent le vœu et pour toujours de donner au roi Attale Philometor et Evergète, santé, sauvegarde, victoire et puissance et sur terre et sur mer, et exerçant le commandement et se défendant et que son règne subsiste pour les temps à venir à l’abri d’une nuisance, sans problème.
Qu’aille à sa rencontre les prêtres susmentionnés ainsi que les prêtresses, les stratèges, les archontes, les vainqueurs sacrés portant les couronnes des concours (qu’ils ont remportés), le gymnasiarque et ceux dont il s’occupe et les jeunes gens ainsi que le pédonome avec les enfants ainsi que les citoyens et leur femme et jeunes filles, et tous les résidants dans des vêtements éclatants. »



Les souverains de Pergame seront couverts d’honneurs grandioses mais il n’y aura pas de réel culte de leur vivant : le souverain n’est pas un dieu mais il est honoré comme Isotheos (égal aux dieux).
Sur les frappes monétaires du royaume de Pergame il y a très peu de changement au fil des années. Le modèle reste les frappes d’Alexandre (profil tourné à droite sur l’avers et une divinité sur le revers). Or ici, sur cette pièce datant d’Attale Ier, à la différences des autres dynasties, le portrait reste majoritairement celui de Philétairos (4), fondateur de la dynastie, avec au revers une représentation de la déesse Athéna, protectrice de la ville de Pergame et le principal culte de la cité (5). Les attalides ne se rattacheront jamais officiellement à un dieu en tant qu’ancêtre.


------------------
1) CERFAUX, L. et TONDRIAU, J., Un concurrent du christianisme: le culte des souverains dans la civilisation gréco-romaine, Tournai, 1958, p.247
2) OGIS I, 332. Dans ce décret, sont mis en avant le roi-soldat, le roi-citoyen et le bon gestionnaire.
3) Attale III, fils d’Eumène II. Il a hérité de son frère Attale II.
4) « La documentation numismatique qui sert souvent de base pour les identifications hellénistiques n’existe que pour le fondateur de la dynastie, Philétairos, représenté sur la longue série des philétaires, et pour Eumène II dont le portrait n’est attesté que par deux exemplaires monétaires. » dans QUEYREL, Fr., Les portraits des Attalides : fonction et représentation, Athènes, 2003, p.1.
5) Sur les cultes à Pergame et notamment sur le grand autel de la ville voir QUEYREL, Fr., La fonction du grand autel de Pergame, dans REG, 2002, CXV, p. 561-590

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Re: Divinisation des souverains hellénistiques

Message par Upomavick le Dim 11 Mar 2007 - 2:09

g) Les autres royaumes : la Commagène et le Pont

Dans les royaumes en marge du monde hellénistique, notamment celles de la péninsule anatolienne, on voit un désir de ces dynastes d’imiter les souverains grecs tout en conservant les cultes locaux. Ainsi Antiochos Ier de Commagène (1) dans son testament (2) rappelle les racines grecque et perse de la culture. Ses prétentions divines nous paraîtraient bien dérisoires si elles ne nous fournissaient pas des renseignements d’une rare importance sur les cultes de souverains. Le programme religieux et politique que révèlent les sites d'Arsamée du Nymphée et du Nemrud Dagh était soigneusement équilibré.

En effet le but principal de son commanditaire, Antiochos Ier, était de jeter les bases d'une identité nationale commagénienne qui participerait à parts égales des cultures grecque et perse. Ainsi des dieux grecs sont mis en relation avec des dieux perses, notamment Mithra et Héraclès. Le souverain, qui compte parmi ses ancêtres Darius le Grand et Alexandre le Grand, accorde une signification idéologique à cette double ascendance. Pour la première fois en matière de culte royal, il se trouve un réel syncrétisme entre culte grec et oriental.
Il se fait appelé βασιλεὺς μέγας Ἀντίοχος θεὸς Δίκαιος Ἐπιφανὴς Φιλορώμαιος καὶ Φιλέλλην (3) et créée un prêtre du culte d’Etat (4) ; on fait élever des statues sacrées aux ancêtres et au roi vivant (5),…




Le royaume du Pont lui non plus n’échappe pas à la divinisation de son souverain. Le cas le mieux est celui de son plus célèbre roi : Mithridate VI Eupatôr (6). En effet, cet ennemi acharné de Rome se fit appelé Dionysos et même Neos Dionysos. Plutarque veut y voir une preuve de la gloutonnerie du roi, plus loin dans le texte, il nous dit que le nom lui vient d’un coup de foudre qu’il aurait reçu après avoir été frappé par la foudre…


On a d’abord cru que c’est après 88 ACN que Mithridate va porter cette épiclèse, soit au moment du début de son expédition contre les Romains. Il pourrait s’agir d’un surnom donné au roi par les cités grecques asiatiques qu’il a contribué à faire libérer du joug romain. Cette hypothèse est infirmée par des frappes monétaires d’avant 88 et par la dédicace au roi d’une statue faite par un prêtre de Délos, Hélianax et datée de 102/101 ACN.
Ἡλιάναξ Ἀσκληπιοδώ̣ρου Ἀθηναῖος ὁ διὰ βίου ἱερεὺς Ποσ[ειδῶνος Αἰσίου, γενόμενο]ς καὶ Θεῶν Με[γάλων Σαμ]οθράκων Διοσκούρων Καβείρων ὑπὲρ τοῦ δήμου τοῦ Ἀθηναίων κ̣α̣[ὶ] τοῦ δήμου τοῦ Ῥωμαίων τὸν ναὸν [καὶ τὰ ἐν αὐτῶι ἀγάλματα καὶ] τὰ ὅπλα θεοῖς οἷς ἱερά[τευσε καὶ βασιλ]εῖ Μιθραδάτηι Εὐπάτορι Διονύσωι ἐκ τῶν ἰδίων ἀνέθηκεν ἐ̣π̣ὶ̣ [ἐπιμελητοῦ] τῆς νήσου Θεοδότου τοῦ Διοδώρου Σουνιέως. (7)
Hélianax fils d’Asclépiodore d’Athènes, étant devenu prêtre à vie de Poséidon Oisios, et des grands dieux de Samothrace les Dioscures Kabires, pour le peuple des Athéniens et du peuple des Romains a élevé sur ses fonds propres un temple et des statues dans celui-là même pour tous les dieux dont il est prêtre et du roi Mithridate Eupator Dionysos sous l’administrateur de l’île Theodotos fils de Diodoros de Sounion.
Se plaçant en défenseurs de l’orient et de l’hellénisme contre l’occident romain, ne lui était-il pas judicieux de choisir Dionysos pour coaliser les forces contre Rome ? Sans doute Mithridate VI aura voulu se voir, en grand conquérant qu’il se voulait, comme le nouvel Alexandre, voire comme un souverain-dieu.

---------------
1) Roi de Commagène de 69 à 31 ACN qui revendiqua la succession des Séleucides en qualité d’époux de Laodicée, fille d’Antiochos VIII Philométor Grypos. C’est grâce à Pompée que Antiochos Ier pu garder son trône face aux velléités annexionnistes de Tigrane d’Arménie. Il rejoignit, lors de la guerre civile entre pompée et César, le camp du premier en lui envoyant en renfort 200 cavaliers. Marc Antoine mènera une expédition punitive contre Samosate mais devra se résoudre à lui exiger un tribut.
2) OGIS 383 = IGLSyr I, 1
3) IGLSyr I, 1, l.1-3.
4) IGLSyr I, 1, l.1.24 et sv.
5) IGLSyr I, 1, l.28 et sv., 59 et sv;132 et sv.
6) Roi du pont de 120 à 63 et grand opposant à la puissance romaine.
7) SEG 40, 657.

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Re: Divinisation des souverains hellénistiques

Message par Upomavick le Dim 11 Mar 2007 - 2:13

Pour conclure, nous pouvons voir que les dynasties hellénistiques auront toutes une manière de faire différente et surtout des réactions diverses quant à la divinisation de leurs souverains.
Il faut éviter de généraliser et de voir dans ces divinisations comme des actions fantaisistes, loufoques ou anormales de la part de souverains mégalomanes ou fous et sous-estimer l’ampleur véritable du phénomène ; ne pas omettre le cadre géographique et le contexte politique sans pour autant chercher à trop isoler les cas. Il faut également chercher à bien faire la part des choses dans les affirmations des auteurs antiques et les représentations et idéalisations des artistes. L’apparition de ces monarchies divines peut se comprendre dans une volonté de stabilisation du droit dynastique et de regrouper autour d’un même culte l’ensemble de la nation. Néanmoins le système arrive vite à ses limites car, comme le dit Pierre Cabanes, « parler d’Antiochos Théos indique bien qu’il n’est pas un dieu comme les autres, car on n’aurait jamais cru nécessaire de parler de Zeus Théos. »
De même sous la fin de la république et sous l’empire romain, il est impossible de tirer une conclusion générale ; Chaque grand personnage et empereur réagissant de façons différentes à la divinisation dont il est le sujet ou dont il s’est affublé. Mais cela mériterait un travail important à lui seul.

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Re: Divinisation des souverains hellénistiques

Message par Eumène Sôter le Mar 20 Mar 2007 - 0:45

Cher Upomavick. C’est avec intérêt que j’ai consulté ton dossier, bien étayé, sur la « Divinisation des souverains hellénistiques ».

Sans vouloir polémiquer, je suis assez étonné de voir écrit que « Tout homme, mort ou vivant pouvait faire l’objet d’un culte » ; de même tu parles de « divinisation du roi de son vivant ». D’après ce que j’ai appris, jamais aucun souverain, à l’époque hellénistique comme sous le principat, n’a bénéficié d’un culte pour sa personne, de son vivant du moins ; il bénéficiait simplement d’« honneurs divins », qui étaient donc, comme tu le signales, isotheoi, « à l’égal de ceux que l’on rend aux dieux ».

Il ne s’agit en aucun cas d’une divinisation du vivant du souverain : on lui rend les honneurs qu’on décernait jusque-là aux divinités, c’est-à-dire au minimum l’érection d’une statue d’or, et au maximum la consécration d’un téménos en son nom (Philétaireion, Ptolémaion, Alexandreion…). Cela peut, effectivement prêter à confusion, la limite est toujours floue, mais il est certain qu’il n’y a jamais eu de doute dans l’esprit des cités grecques qui n’ont pas rechigné à rendre des honneurs divins aux rois (qui se payaient, la plupart du temps, leurs propres honneurs votés par décrets par les cités, pour faire bonne figure).

De même, je ne t'apprends rien en te disant que pour les empereurs romains, il ne s’agit pas non plus d’un culte à un empereur divinisé, mais d’un culte au genius (double bienfaisant) et au numen (force divine) de l’empereur, ce qui ne revient pas (la nuance est très subtile…) à une divination. D’ailleurs, tous les empereurs foutraques qui ont tenté de se faire diviniser de leur vivant (Commode ou Héliogabale) ont mal fini et ont eu en guise de remerciement une damnatio memoriae

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Re: Divinisation des souverains hellénistiques

Message par Deck le Mar 20 Mar 2007 - 20:58

Bonjour, Eumène!;)

Tu fais des études d'histoire?En tous cas, bienvenue, n'hésite pas à te présenter ici==>[url=De-vous-a-nous-c4/Forum-de-bienvenue-f5.htm]http://histoire-antique.forumculture.net/De-vous-a-nous-c4/Forum-de-bienvenue-f5.htm[/url]

Ce que tu dis est très intéressant, mais je ne m'y connais malheureusement pas assez pour pouvoir infirmer, ou affirmer ton point de vue...

J'avais entendu parler du cas de nos romains, mais pour le reste...

Damien ?
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Re: Divinisation des souverains hellénistiques

Message par Upomavick le Mar 14 Aoû 2007 - 19:06

Je remarque que ma réponse ne s'est jamais affichée...

Non non non, je reste persuader de la divinisation de rois de leurs vivants. Certains ont bel et bien fait l'objet de cultes. Ils n'ont pas durer dans le temps comme ce fut sans doute le cas en Grèce. Je ne reviens pas sur les lagides qui sont je l'ai dis un cas bien particulier, l'égypte n'est pas le reste des royaumes hellénistiques. Par contre chez les Séleucides il y a bel et bien une volonté de rendre un culte au souverain décidé par le souverain lui-même. C'est ce qu'on retrouvera chez Antiochos Ie de Commagène, il s'inscrit dans la filiation des souverains séleucides...

AHHHGGGRR Non Commode n'était pas completement foutraque!!! C'était unbon gestionnaire, sans doute meilleurs que son père ne l'avait été. Néanmoins ca n'empêche certaines dérives... je dois bien le reconnaitre. Mais il n'était pas Hélégabale

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