Les Soeurs Papin - Robert Le Tixier.

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Les Soeurs Papin - Robert Le Tixier.

Message par Masques de Venise le Mar 8 Mai 2007 - 20:47



Etant depuis assez longtemps à la recherche d'un livre passionnant que j'ai prêté il y a plus de dix ans et qu'on ne m'a jamais rendu, j'ai cru le retrouver avec cet ouvrage dû à la plume de Robert Le Tixier. Mais je m'étais trompée et, si le livre est intéressant, il ne fait hélas ! que survoler l'affaire. Je vais donc me remettre en quête. Smile

Le double meurtre que les Christine et Léa Papin perpétrèrent sur la personne de leurs patronnes, Mme et Melle Lancelin, le 2 février 1933, a frappé l'imagination des Manceaux, puis celle de la France entière pour deux raisons principales :

1) son atrocité (Christine et Léa ont en fait traité leurs maîtresses comme elles l'auraient fait de vulgaires lapins)

2) et le manque absolu de mobile.
De l'aveu même des deux soeurs, elles n'avaient rien à reprocher à leurs patronnes. Mme Lancelin s'était même entremise auprès de leur mère, Clémence, pour qu'elles touchassent directement leurs gages. Toutes deux étaient bien traitées et payées en suffisance. Elles avaient en outre suffisamment d'économies pour se chercher une autre place si elles l'eussent souhaité. En face, M. Lancelin, qui n'avait échappé à la boucherie que parce qu'il était absent cet après-midi-là, ne cessa de dire que ses domestiques lui avaient toujours donné entière satisfaction, qu'elles étaient travailleuses et attentionnées.

On peut aussi couper net dès maintenant à l'une des hypothèses possibles - utilisées par Jean Genêt dans "Les Bonnes" mais qui ne repose sur rien - concernant une quelconque liaison entre M. Lancelin et l'une ou l'autre des deux soeurs.

Alors ?

Dans les années qui suivirent, les auteurs qui se sont penchés sur l'affaire Papin ont eu tendance à se replier sur l'enfance et l'adolescence des deux soeurs. Une mère indigne, qui ne cessera de les placer et de les déplacer d'un orphelinat à l'autre pendant presque toute leur enfance. Un père qui avait abusé de leur soeur aînée - laquelle, devenue adulte, avait fini par prendre le voile. Le tout sur fond d'alcoolisme.

La figure de la Mère est évidemment prédominante -
et on notera que, en 1929, un changement de caractère semble s'être fait chez les deux soeurs lorsqu'elles rompirent définitivement avec Clémence Derré-Papin. Rejetées avec plus ou moins de violence - selon son humeur, en fait - par leur mère, Christine et Léa, comme beaucoup d'enfants maltraités, lui vouaient cependant un amour sans limite doublé d'une haine tout aussi profonde et sincère.

Les circonstances firent que Christine devint peu à peu la "mère" de Léa, en tous les cas son "pilier." Unies plus que la majeure partie des frères et soeurs, Christine et Léa ont aussi basculé, semble-t-il, dans l'inceste. Et l'une des solutions proposées au double-meurtre, solution qui se fonde sur certaines habitudes curieuses des deux soeurs, les déclarations de Christine comme quoi "aucun homme ne les séparerait jamais" et enfin l'attitude de la même Christine lorsqu'on la sépara de Léa en prison, est que Mme et Melle Lancelin auraient, cet après-midi du 2 février 1933, surpris les soeurs Papin au lit et dans une position sans équivoque.

Cela expliquerait l'énucléation des malheureuses qui auraient vu ce que personne ne devait voir.


Robert Le Tixier semble lui aussi partisan de cette hypothèse et souligne que les blessures infligées à Melle Lancelin peuvent s'interpréter comme possédant un caractère sexuel.

A l'audience, Christine fut reconnue coupable et condamnée à mort. Mais, bien que la crise de folie n'eût pas été retenue comme circonstance atténuante par les juges, sa peine fut commuée en détention dans un asile psychiatrique de Rennes où elle devait décéder de cachexie en 1937. Elle avait 32 ans.

Sa cadette, Léa, fut condamnée à dix ans de travaux forcés. Elle devait décéder dans une retraite semi-religieuse, à Nantes, en 2001.

De leur procès, on peut retenir que, tant du côté du Ministère public que de la défense, il y eut beaucoup d'approximations. Il semble que les juges comme les avocats se soient sentis dépassés par ce crime hors-série. A l'époque, la presse - "L'Oeuvre" entre autres avec les frères Tharaud - joua un grand rôle en faveur des accusés.
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