Le Monastère Hanté - Robert Van Gulik.

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Le Monastère Hanté - Robert Van Gulik.

Message par Masques de Venise le Dim 8 Juil 2007 - 15:51



The Haunted Monastery
Traduction : Roger Guerbet.


Ce roman s'ouvre sur une route de campagne battue par la pluie et les vents où le juge Ti, ses trois épouses, Tao-gan et quelques servantes se retrouvent coincés par la rupture d'un essieu. Vous vous en doutez, la nuit est tombée et les feuilles de papier huilée qui servaient de parapluie aux anciens Chinois ne sont pas de taille à résister à pareil déchaînement des éléments. Force est donc au juge Ti de demander un asile provisoire au monastère tout proche du Nuage Matinal, d'obédiance taoïste.

Pour ne pas alarmer ses épouses, Ti ne leur souffle mot de la mort mystérieuse de trois jeunes filles survenue dans ce monastère l'année précédente. Mais, comme il le confie à son fidèle Tao-gan : "Si j'avais le choix, je te prie de croire que ce n'est pas là que j'emmènerais mes épouses passer la nuit."

Il règne en effet une drôle d'ambiance dans ce monastère au nom pourtant si serein. A peine arrivé, le magistrat, qui s'est enrhumé au passage et ne cessera d'éternuer et de se sentir plus ou moins fiévreux tout au long de l'histoire, est témoin d'une scène inquiétante : alors qu'il se rend chez le supérieur pour lui présenter ses devoirs, il aperçoit à l'extérieur, s'encadrant dans une fenêtre de l'aile opposée du bâtiment, une femme nue, à qui il manque un bras et qu'étreint un soldat vêtu à l'ancienne mode. Lorsque le juge, sidéré, en parle au moinillon chargé de le guider vers les appartements de Vraie-Sagesse, celui-ci s'étonne et lui apprend qu'il n'y a pas de fenêtre à cette hauteur dans l'aile opposée.

Incrédule, le juge use de son autorité pour aller sur le champ inspecter la resserre, seule pièce susceptible de correspondre à la pièce où s'est écoulée l'étrange scène. Malgré l'aide que lui apporte en cette matière son fidèle Tao-gan, expert en procédés d'escroqueries et en passages dérobés, les deux hommes sont bien obligés de se rendre à l'évidence : les murs n'y sont pas assez épais pour abriter une chambre secrète.

La question se pose donc : le monastère du Nuage Matinal est-il réellement hanté ou le juge a-t-il été victime d'une hallucination due à son état fiévreux ?

Fièvre ou pas, la haute fonction qui est celle du magistrat ne saurait le dispenser d'assister à la fête organisée pour commémorer le deux-cent-troisième anniversaire de la fondation du monastère. D'autant que ledit monastère a l'honneur de compter un pélerin de choix : Souen Ming, ancien précepteur impérial qui a abandonné la cour afin de se consacrer à la vie spirituelle.

Or - ce n'est un secret pour aucun des lecteurs de Van Gulik - le juge Ti, ardent disciple de Confucius, n'a que mépris pour le bouddhisme et encore plus peut-être pour le Taoïsme. En homme intègre, il réprouve de surcroît l'emprise que les différents clergés ont cherché et cherchent encore à prendre sur le Fils du Ciel. Quant aux mystères représentés dans ces sortes de fêtes, qui ne sont pas sans évoquer nos mystères moyen-âgeux dont Victor Hugo a donné de si belles descriptions dans sa "Notre-Dame de Paris," il les tient pour de médiocres fariboles au cours desquelles, très régulièrement, il manque s'endormir.

La pièce religieuse dont il va être le spectateur d'abord indifférent puis de plus en plus attentif sortira cependant de l'ordinaire et l'amènera à se poser de nouvelles questions.

Pourquoi par exemple l'acteur dénommé Mo-mo-té mime-t-il une danse du sabre un peu trop réaliste autour de sa camarade Melle Ngeou-yang ?

Pourquoi cette dernière paraît-elle s'être fait la tête de Melle Rose-Blanche, la dernière postulante en titre qu'a recueillie le monastère?

Surtout, pourquoi Rose-Blanche pousse-t-elle un cri et se lève-t-elle dans sa loge quand elle voit le sabre de Mo-mo-té fendre l'air un peu trop près de Melle Ngeou-yang ?

Et pourquoi aussi le jeune poète Tsong-li, fils de l'un des bienfaiteurs du monastère, improvise-t-il des poèmes insultants visant la réputation d'intégrité du prieur ?

Pourquoi, quand elle se promène dans les couloirs, Melle Ngeou-yang tient-elle son bras droit bien serré contre son corps - le bras droit, celui qui manquait à la femme entrevue par le juge dans la pièce introuvable ? ...

Pourquoi ... ?


Parmi les aventures du Juge Ti, celle-ci demeure, je crois, ma préférée avec "Meurtres sur un bateau de fleurs." Probablement parce que tout ce qui évoque des fantômes, réels ou simulés, m'attire mais aussi parce que l'auteur s'est surpassé dans l'évocation de ce monde clos que constitue le monastère du Nuage Matinal avec ses innombrables escaliers et sa (ô combien) surprenante Galerie des Horreurs. Les personnages, au premier rang desquels il faut accorder une place de choix à Souen-Ming, sont aussi puissamment typés.

Donc, si vous n'avez jamais lu "Le Monastère Hanté", vous savez maintenant ce qu'il vous reste à faire. (Et en plus, ça tombe bien : ce sont les vacances !) Smile
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Masques de Venise
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