Une économie séleucide

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Une économie séleucide

Message par Elessar le Mer 2 Jan 2008 - 20:23

Une économie séleucide


Le système tributaire et fiscal

Les sources de revenus du pouvoir royal étaient très nombreuses et
très variées. On avait le phoros qui était la plus importante taxe en
argent. C’est aussi la marque de l’assujettissement des cités au
pouvoir royal. Le phoros représente une somme fixe et est imposé selon
certains critères aux cités, aux temples et aux dynastes. Ce principe
de soumission au phoros était aussi appliqué aux cités grecques mais
cela prenait dans ce cas une forme particulière. En dépit des
proclamations de libération, les cités grecques restaient sous la coupe
du pouvoir royal et restaient redevables des prélèvements. Seule la
bienveillance royale pouvait libérer les cités des diverses
contributions et ainsi modifier le statut fiscal au sein du royaume.
Une autre taxe, la syntaxis, donne un aspect positif à certains
prélèvements en faisant d’eux des contributions volontaires. A
l’origine, la syntaxis était sûrement une forme de phoros conçu comme
une somme à verser annuellement au trésor royal. Pourtant, parfois, la
syntaxis peut être considérée comme une contribution extraordinaire
demandée lors de périodes troublées. Dans certaines cités, les
syntaxeis désignent l’ensemble des taxes versées au trésor royal.
Pourtant il est probable que le principe d’un prélèvement fixe avec
syntaxis et phoros ait été appliqué dans les villes soumises à la
taxation royale. Aux cités grecques, une somme fixe fut exigée et cela
correspondait à l’estimation de la valeur des terres environnantes par
l’administration royale. Ce phoros et la syntaxis ne représentaient
qu’une faible part des revenus royaux et c’étaient surtout des marques
de spumission.

Le roi pouvait exiger de certaines régions des contributions en
nature. Cela se rapproche du système achéménide qui demandait aux
peuples soumis de verser des dons en nature en plus du tribut. Ces
prélèvements ont un caractère ponctuel voire unique et sont
exceptionnellement appliqués aux régions périphériques du royaume. Les
peuples soumis formellement eurent à donner des prélèvements
irréguliers qui pouvaient prendre la forme de ces dons en nature. Dans
ces régions souvent indisciplinées, une autre forme de prélèvement
était la levée de soldats qui formèrent des unités spécifiques.
Pourtant, ces peuples vivant en marge de l’empire, ne fournissaient pas
seulement des dons ou tributs en nature. L’administration séleucide
contrôlait particulièrement des domaines en Syrie, en Asie Mineure ou
en Médie. Ces territoires fournissaient des biens utiles et précieux
comme le bois et les chevaux. De plus, les souverains avaient la main –
mise sur les mines du territoire. Ainsi, dans la trace de leurs
ascendants achéménides, les rois séleucides exploitèrent les mines
lydiennes. Ainsi, les pratiques de prélèvement séleucide s’adaptaient
aux conditions locales d’exploitation. Mais l’essentiel des ressources
du trésor royal vient de la taxation sur les échanges et sur
l’activité.

Le système tributaire séleucide se fondait donc sur
l’exploitation des communautés par le pouvoir royal. On a donc un
encadrement étroit et une « collaboration » entre les paysans et
l’administration. Le souverain s’intéressait d’abord aux produits
agricoles. Une taxe, le dekatè, constituait une grosse part des
prélèvements sur la population et la terre royale. Cela constituait
également un symbole de l’appropriation de la terre par le pouvoir
séleucide. Sur certaines cités pesaient d’autres taxes. Il y avait des
taxes sur les possessions immobilières, sur les entrées et sorties, sur
les récoltes et le bétail,…Il y a également des taxes sur le marché.
Chaque cité avait un « profil fiscal » déterminé à partir d’une
observation précise réalisée par l’administration séleucide et tenait
compte des activités et des ressources de la communauté. De plus, les
souverains possédaient un cadastre (du moins pour l’Asie Mineure) qui
leur offrait la possibilité d’évaluer la valeur de chaque territoire et
la nature des productions de chaque chose sur le territoire. Ainsi, si
le roi estimait que telle ville n’allait pas lui rapporter assez de
revenus, il pouvait créer des activités et par la suite il pourrait
taxer. L’administration séleucide imposait également des taxes sur la
vente des esclaves, sur le sol et même sur la navigation de l’Euphrate.
L’innovation des séleucides résidait surtout dans les modalités de
versement et dans le contrôle étroit effectué par l’administration. La
fiscalité royale se fondait donc sur une estimation des capacités de
production.

La pratique de l’affermage (paiement d’une taxe en échange de la
location d’un bien rural) était également connue des Séleucides. Il est
probable que les taxes royales pesant sur les cités soumises à
l’autorité royale aient été prélevées par la cité elle même. Dans
certaines régions du royaume ; il n’est pas certain que l’affermage ait
été une pratique mise en avant. Les communautés villageoises d’Asie
Mineure représentaient des unités fiscales pour l’administration
royale. En plusieurs lieux, on bâtissait des édifices pour abriter les
taxes. Pourtant, une grande part du tribut restait dans la région taxée
et n’allait pas au roi.

Parfois, la fiscalité constituait un moyen de pression. Plusieurs
fois, les rois séleucides ont renoncés à prélever des taxes. Ces
renoncements ont des modalités très variables. Cela peut être du à une
suppression pure et simple ou à une aphorologesia. Cela peut être
définitif ou limité dans le temps.

L’ aphorologesia n’aurait porté que sur une partie de la
taxation, le phoros mais laissait les autres taxes s’appliquer. Cela
est pourtant discutable. Il semble plutôt que cet octroi de privilège
signifiait en fait un renoncement aux prélèvements royaux sur une cité.
Mais une autre chose est possible : cela peut être l’abandon par le roi
à ses prélèvements potentiels. Le souverain laisse les prélèvements en
vigueur et n’en rajoute aucun. Avec cette hypothèse, on comprend que ce
privilège n’est pas attribué sans réflexion. L’ aphorologesia est
toujours associé à d’autres privilèges de nature politique ou
religieuse. Il complète en fait l’habit de la cité qui au sein du
royaume peut se dire autonome. Pourtant, en obtenant l’ aphorologesia,
une cité était redevable au souverain et des liens de dépendances
étaient donc crées. Se sentant redevable, la cité va faire des dons au
monarque et ce dernier sollicitera l’aide de la cité, aide qu’elle ne
pourra refuser. Ainsi, l’ aphorologesia est un puissant instrument de
pouvoir et de propagande entre les mains du souverain.
Ainsi, l’ aphorologesia est une suppression soit entière des
taxes soit une suppression très importante. Les diverses suppressions
de taxes pouvaient être accordées lors de la prise en main de la cité
par le pouvoir royal. Certaines exemptions constituaient une réponse du
pouvoir royal aux difficultés économiques, financières ou
démographiques que pouvaient connaître les cités. Ces suppressions ne
remplissaient pas les caisses du royaume mais renforçaient la
dépendance de la cité concernée à l’égard du pouvoir royal. Avec ce
système, les rois séleucides surent à merveille limiter la pression
fiscale et ainsi garantir la pérennité du système.


Le trésor royal et la redistribution

Hors de l’outil fiscal, les souverains séleucides pouvaient
financer directement les cités grecques par des transferts d’argent ou
de biens.

Le don d’argent du trésor royal (basilikon) à des cités grecques
est une pratique bien connue des rois séleucides. Certaines mesures
visaient parfois à renforcer encore le lien de dépendance de la cité au
pouvoir royal. La fourniture de cet argent s’inscrit dans un système
d’échange. A l’échelle régionale, le trésor royal était en fait une
caisse de redistribution des richesses prélevées sur le territoire.
Cette pratique contribuait à définir les cités dont le fonctionnement
dépendait seulement de la bienveillance royale.

Le pouvoir séleucide pouvait aussi faire don d’huile, de blé,…Ces
dons royaux ne sont pas exceptionnels et les exemples de fournitures
pour bâtir des édifices, de donation de nourriture à la population ne
manquent pas. Le don de blé provenait des greniers royaux. Cela permet
d’écouler les stocks de blé et de valoriser les prélèvements en les
redistribuant à des cités en proie à la famine. Dans ce cas, le
bénéfice est politique. Mais cela peut servir aussi à transformer les
stocks de blé en argent en vendant le blé ou les produits concernés. Ce
don repose sur deux choses : le besoin des cités et la volonté du roi.
Cette redistribution en nourriture est une arme absolument redoutable
entre les mains du souverain. Cette capacité de redistribution repose
sur les dons en nature. Les cités hellénistiques ont pour rpemier souci
de se pourvoir en huile. Dans ce domaine, les rois surent se montrer
cléments pour satisfaire les besoins des citoyens. Là, l’intervention
du monarque était plus directe : il donnait l’argent du trésor royal à
la cité pour financer l’approvisionnement de ce bien et levait les
taxes royales du port. Il intervenait donc de façon très directe dans
les affaires de la cité.

Ainsi, les formes de la fiscalité royale sur le territoire
contribuaient à définir la souveraineté séleucide. Il y a deux
périphéries fiscales. Il y a d’abord les régions et les populations où
le tribut prenait la forme de dons dans un échange où la domination
séleucide régnait. La seconde est faite des cités, qui pouvaient
négocier une partie de leur fiscalité. Ces cités sont des villes
grecques d’Asie Mineure pour l’essentiel. Au-delà de la terre royale,
les degrés d’assujettissement dépendaient de la capacité à négocier des
éléments de son statut. Ainsi, certaines cités ne contestant pas leur
statut était entièrement sous la coupe du pouvoir séleucide. La
fiscalité séleucide constituait donc un élément de structuration du
royaume et de régulation des rapports politiques entre les cités et les
peuples dominés.
Dans ses grands principes, la politique fiscale séleucide est
l’héritière des achéménides. Il faut adapter avec souplesse cette
fiscalité aux cités grecques. On a pas vraiment là une économie
séleucide mais un système de flux commerciaux et fiscaux.Le pouvoir
séleucide s’inscrit donc dans la continuité du pouvoir perse et en cela
il s’éloigne de la vieille Grèce.
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